Historique du monastère des bénédictines de Koubri

« Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t'indiquerai » (Gn 12, 1).

C'est en 1959 que, pour la première fois résonna au cœur de l' Abbaye Notre-Dame de Protection de Valognes, en Normandie, au Nord de la France, l'appel du Pape Pie XII invitant les monastères de vie contemplative des pays de vieille chrétienté à partager ce trésor qu'est l'appel à la vie monastique avec leurs frères et sœurs des jeunes Églises des pays de mission. Au  même moment des évêques d'Afrique font signe. Parmi eux Monseigneur Paul ZOUNGRANA, Archevêque de Ouagadougou, futur Cardinal, demande avec insistance un monastère pour la jeune mais dynamique Église de son pays, la Haute-Volta, actuel Burkina Faso.

Le Pape Pie XII disait en substance : « Il ne suffit pas d'annoncer l'Évangile : dans la conjoncture sociale et politique que traverse l'Afrique, il faut très tôt former une élite chrétienne au sein d'un peuple encore néophyte ; mais dans quelle proportion ne faudrait-il pas alors multiplier le nombre des missionnaires pour leur permettre d'accomplir ce travail d'éducation personnelle des consciences ? Une telle pénurie d'hommes au surplus se double presque toujours d'un manque de ressources qui confine parfois au dénuement. Qui donnera à ces missions nouvelles, situées en général dans des régions pauvres mais importantes pour l'avenir de l'évangélisation, l'aide généreuse dont elles ont un si pressant besoin ? Le missionnaire souffre d'être aussi démuni de moyens devant de telles tâches : il ne demande pas qu'on l'admire, mais bien plutôt qu'on l'aide à fonder l'Église là où il est encore possible de le faire » (Encyclique Fidei donum, 1957).

Abbaye de Valognes

Conjointement à cet appel les moniales de Valognes reçoivent des signes venant d'Afrique du Nord, du Maroc où l'Abbaye d'En-Calcat venait de fonder le monastère de Tioumliline. Le Père Denis Martin, Prieur de Tioumliline encourage vivement la communauté de Valognes à répondre généreusement à l'idée de la fondation. Il s'y engage même et est prêt à envoyer des moines pour soutenir et aider les moniales. 

A Tioumliline des jeunes filles françaises  voyant vivre les moines désirent embrasser la même vie dès qu'elles auront regagné leur pays ! Sœur Marie de l'Assomption, Religieuse Auxiliatrice, encourage Valognes à offrir une chance à ces jeunes filles, signe d'espérance pour aller plus tard semer la graine monastique dans le sol voltaïque qu'elle-même connaissait déjà. Ecoutons les sœurs fondatrices qui aujourd'hui se reposent auprès du Seigneur  après leur labeur :

Sœur Brigitte de LARMINAT : Le monastère de Koubri a été fondé par l'abbaye Notre-Dame de Protection de Valognes en Normandie en France. Cette abbaye est d'origine très ancienne. Elle a été fondée il y a 300 ans. Elle a beaucoup souffert au moment de la seconde guerre mondiale du fait des bombardements. Elle a dû demander de l'aide à l'abbaye Sainte Scholastique de Dourgne, qui à ce moment-là, était très florissante dans le Sud de la France. Cette abbaye a envoyé des moniales pour aider Valognes, et parmi ces moniales était celle qui allait devenir l'Abbesse de Valognes, Mère Hildegarde TRABAREL ainsi que sœur Monique et moi qui fûmes désignées plus tard pour le monastère de Koubri.

L'idée d'une fondation a germé peu à peu et s'est développée grâce à des  circonstances sans doute voulues par Dieu. 

Sœur Monique de LARMINAT : Il y a déjà une première naissance invisible que j'appellerai volontiers une gestation de la fondation de Koubri. La prieure qui a précédé l'arrivée de Mère Abbesse Hildegarde TRABAREL en 1953, mère Sainte Anne Réquier Desjardins (1925-1953) était âgée. En remettant sa charge de prieure et demandant à Mère Abbesse Hildegarde de prendre sa succession, elle avait écrit – retrouvé dans ses notes – : « Seigneur, je te donne mes 42 enfants, je te les confie à celle qui me remplace et à la place je te demande 42 petits noirs ». Il n'était encore question de rien à ce moment-là mais j'y vois vraiment la gestation, la personne qui a porté et prié pour que la fondation ait lieu.

Sœur Brigitte de LARMINAT : Lorsque la fondation a été envisagée d'une manière sérieuse, la mère abbesse a demandé d'abord l'avis de la communauté de Valognes puisque ça ne concernait pas seulement celles qui allaient partir mais toute la communauté. Il y a eu d'abord un premier vote pour accepter le projet de fondation. Ensuite, on s'est dit qu'il fallait aller voir sur place. A ce moment-là il y a eu deux voyages de prospection. Le premier en 1960, Mère Abbesse et Mère Marie Hamel qui devait être plus tard la supérieure, et le deuxième voyage en 1961, Mère Abbesse et moi-même. Dans le premier voyage, elles ont surtout été dans la région de Bobo-Dioulasso où Monseigneur Dupont avait manifesté le désir que des monastères viennent s'installer dans son diocèse. Et on nous avait dit aussi que le climat était moins dur, moins chaud. Et en fait elles n'ont pas trouvé ce qu'elles désiraient. En 1961, donc un an après, nous sommes reparties. Cette fois-ci, nous avons été davantage dans la région de Ouaga. Entre temps nous avions été demandées dans cette région par la directrice de l'école de Kologh-Naaba qui désirait beaucoup qu'il y ait un centre de prière et de ressourcement dans la région où elles pourraient aller, soit elle, soit ses professeurs, soit les élèves. Nous avons d'abord été accueillies par elles et elles nous ont beaucoup facilité les voyages, le séjour. Et c'est pendant ce séjour d'un mois, le mois de juin 61 qu'a été décidée la fondation dans cette région de Koubri. Lors du voyage de prospection, nous étions accompagnées par le Père Prieur du monastère de Tioumliline, P. Denis Martin et un moine de son monastère, le Père Placide. Comme la détermination du lieu était difficile à faire à cause des grandes herbes, la visibilité n'est pas très grande, le pays étant très plat, le Père Placide a eu l'idée de survoler les lieux avec un petit avion de 4 places qu'on appelait le broussard. Donc il a pu déterminer exactement l'endroit où on allait construire le futur barrage et l'endroit où pourraient être implantés les deux monastères, celui des moines et celui des moniales. Une fois qu'il a pu déterminer l'endroit, nous y sommes retournés, cette fois en voiture. Monseigneur nous avait prêté la voiture de l'évêché qui parait-il était habituée à circuler en brousse. Nous avons apporté deux petites médailles de la Sainte Vierge et de Saint Benoît qu'on a mises au pied d'un karité et on a chanté ensemble le Salve Régina et le Père Denis nous a dit : « Voilà, la fondation est faite » ! 

Sœur Monique de LARMINAT : Le 27 décembre 1962, nous nous sommes réunis, les pères qui étaient à Kologh-Naaba et nous. Nous sommes venus à Koubri. Et comme nous étions tous ensemble, nous avons profité pour dire l'office ensemble. On a chanté les Vêpres, les Pères d'un côté et nous de l'autre et on se répondait. Et c'est la première fois que l'office a été chanté à l'endroit même où on allait fonder notre monastère. La première messe y sera célébrée le 20 août 1963.

 

 

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