Les premiers moines chrétiens : la figure de saint Antoine le grand

Les premiers moines de l’Eglise catholique apparaissent en Afrique, particulièrement en Égypte autour de la ville d’Alexandrie. Saint Antoine le grand, né en l’an 251 et mort en 356 à l’âge de 105 ans est l’une des figures les plus importantes du début du monachisme. Il est ainsi appelé pour être distingué de bien d’autres saints Antoine de l’histoire. Saint Antoine le grand, bien qu’il ne soit pas le premier moine chrétien est communément reconnu et appelé le premier moine à cause de son influence très forte dans la vie monastique. Face à une vie dans la cité qu'il considère pleine de péchés, saint Antoine le grand choisit de s'en détacher et vit dans le désert. L'évêque d'Alexandrie saint Athanase popularise le modèle d'Antoine, considéré comme le fondateur du monachisme dès le lendemain de sa mort, en rédigeant en 357 le récit de sa vie dont voici un extrait.

Antoine était Égyptien de naissance ; ses parents étaient nobles et possédaient une fortune assez considérable ; comme ils étaient chrétiens, ils l'élevèrent chrétiennement. Dès sa plus tendre enfance, il demeura avec ses parents ne connaissant qu'eux et la maison paternelle ; lorsqu'il fut plus avancé en âge, il ne voulait pas étudier tes belles lettres pour ne pas avoir de communications avec les autres enfants ; tout son désir était comme il est dit de Jacob, d'habiter en homme simple dans sa maison (Genèse 25, 27). Il allait cependant avec ses parents dans le temple du Seigneur. On ne voyait point en lui la négligence d'un enfant, et il ne devint pas méprisant et orgueilleux en grandissant, mais il était soumis à ses parents, attentif à la lecture des livres saints, et conservant dans son cœur les utiles leçons qu'il y trouvait. Quoique né dans une assez grande  opulence, il n'importunait pas ses parents pour une nourriture variée et somptueuse, il ne recherchait point les plaisirs de la table, mais, content de ce qu'il trouvait, il ne demandait rien de plus.

Après la mort de ses parents, il resta seul avec une sœur en bas-âge il avait alors dix-huit à vingt ans et se chargea lui-même du soin de gouverner sa maison et d'élever sa sœur. Six mois ne s'étaient pas encore écoulés après la mort de son père et de sa mère, lorsqu'un jour, se rendant à l'église suivant sa coutume, il méditait le long du chemin et repassait dans son esprit comment les apôtres avaient tout abandonné pour suivre le Sauveur (Mathieu 19, 27), et comment ceux dont il est parlé dans les Actes [des Apôtres], vendant ce qu'ils possédaient, le portaient aux pieds des apôtres pour le distribuer aux indigents (Actes 4, 34-35), et quelle grande espérance leur est réservée dans les cieux. En faisant ces réflexions il entra dans l'église on lisait en ce moment l’Évangile et il entendit le Seigneur qui disait au riche : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres ; alors viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux » (Mathieu 19, 20-21).

Alors Antoine, comme si Dieu lui-même eût rappelé à son esprit le souvenir des saints, et comme si la lecture eût été faite pour lui seul, sortit à l'instant de l'église, et toute la fortune que lui avaient laissée ses parents, et qui consistait en trois cents arpents de bonnes terres, il en fit don aux habitants du village, afin que sa sœur et lui fussent débarrassés de toute espèce de soin ; tout le mobilier qui leur appartenait, il le vendit, et après, en avoir retiré une somme assez considérable, il la distribua aux pauvres, n'en réservant qu'une faible part pour sa sœur. Mais étant entré de nouveau dans l'église, il entendit le Seigneur qui disait dans l’Évangile « Ne vous inquiétez pas du lendemain » (Mathieu 6, 34). Il ne put rester plus longtemps il sortit et donna ce qui lui restait à des gens peu aisés. Pour lui, après avoir confié sa sœur à des vierges d'une foi et d'une piété reconnues, pour être élevée dans leur chaste demeure, il s'adonna près de sa maison à la vie ascétique, veillant sur lui-même et se traitant avec rigueur. Il n'y avait pas encore à cette époque de véritables monastères en Égypte, mais celui qui voulait travailler à sa perfection s'y exerçait à part en se retirant à quelque distance de son village.

Dans ses entretiens avec ceux qui venaient le trouver, il les exhortait à se souvenir des biens futurs et à ne pas oublier la charité que Dieu nous a montrée en n'épargnant pas son propre Fils, mais en le livrant pour nous. Tous ces discours en déterminèrent plusieurs à se retirer dans la solitude. Alors des monastères commencèrent à s'élever sur les montagnes, et le désert fut peuplé de solitaires qui sortaient de leur pays pour devenir citoyens du ciel.

 

Saint Athanase, Vie de saint Antoine.

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